Naissance : du pessimisme à l’optimisme

Conférence de Michel Odent au sommet virtuel « Naître en conscience »

Michel Odent nous apporte le constat suivant : le monde des naissances vit des situations sans précédent.

Il y a 10000 ans, l’homme commence à dominer la nature : domestication des plantes, des animaux et de l’être humain lui-même : c’est la révolution néolithique. À partir de là, la naissance est socialisée, les femmes n’accouchent plus seules. C’est là que commencent à se perpétuer des mythes et des légendes autour de la naissance, qui va même se masculiniser dès la moitié du 20ème siècle : le père est présent ainsi qu’un médecin.

Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, on peut observer que la plupart des femmes ne mettent plus au monde le bébé et le placenta par un flot d’hormones naturelles, substituées par des hormones artificielles. Or, les hormones de la naissance sont les hormones de l’amour. On naît donc aujourd’hui dénué de ses hormones. Que peut-il alors se passer pour l’humanité ?

Jusqu’à une date récente, les femmes mettaient au monde leur bébé dans un environnement bactériologique riche et familier, le plus souvent chez elles. Aujourd’hui, c’est tout le contraire : les bébés arrivent dans un environnement plutôt aseptique. Le placenta permet pourtant in utero l’éducation immunitaire du fœtus en transmettant les IgG de la mère. Dans quelle mesure la prévalence croissante du dérèglement du système immunitaire est liée aux conditions aseptiques de la naissance ? (Besoin d’études qui compareraient les naissances à la maison avec les naissances en milieu hospitalier.)

Un des effets de la médecine reproductive est de neutraliser les lois de la sélection naturelle. Ex : PMA qui permet aux femmes de porter des enfants même si elles sont infertiles. La contraception empêche les grossesses non désirées (donc des femmes fertiles ne procréent pas selon les lois de la sélection naturelle). La césarienne permet à celles qui ne peuvent pas accoucher voie basse de survivre et de transmettre leurs gènes. L’enfantement est possible pour les personnes d’orientation homosexuelle. Tout ceci annihile les lois de la fertilité. On peut donc supposer que dans le futur, les êtres humains auront plus de soucis à procréer.

En mêlant toutes ces questions, on comprend qu’il est bien difficile de faire preuve d’optimisme pour l’humanité.

Mais il est bon de souligner qu’il existe des raisons d’optimisme :

Les prises de conscience sont souvent soudaines et inattendues. Il n’est pas impossible, malgré des milliers d’années de socialisation de l’accouchement, qu’on arrive à redécouvrir les besoins essentiels d’une femme qui accouche.

Pour ça, il y a deux conditions : qu’on prenne pour point de départ la question suivante : « Comment expliquer qu’occasionnellement des femmes aient des accouchements rapides et faciles ? » et qu’on s’imprègne des enseignements de la neurophysiologie moderne.

Ce qui caractérise l’être humain est l’extraordinaire développement de notre cerveau, et surtout de son néocortex. S’agit-il d’un outil au service de l’homme ? On apprend par la neurophysiologie que ce n’est pas si simple que ça : le néocortex peut gêner, inhiber, obscurcir des fonctions physiologiques de l’espèce humaine. Par exemple : le sens de l’odorat est aiguisé si on inhibe le contrôle du néocortex avec un verre d’alcool ; les réflexes archaïques sont oubliés, balayés par le néocortex aprés les premiers jours de vie ; l’accouchement est inhibé par trop de pensées néocorticales.

Pour accoucher, il faut mettre le cerveau pensant au repos. La nature est encore une fois bien faite. Pour l’illustrer, il n’est pas rare qu’une femme ayant accouché naturellement sans intervention particulière oublie des détails de son travail. La parturiente est plus sensible aux sons, aux odeurs, elle devient plus primitive. Toute pudeur levée, elle se positionne de manière instinctive, qu’elle trouverait gênante en d’autres circonstances. Son néocortex est sur pause !

Une femme qui accouche a donc besoin d’être protégée contre tout ce qui stimule son néocortex : il convient de ne pas trop lui parler, de réduire les lumières trop vives, de ne pas l’observer. Il ne s’agit pas de la guider, de l’aider, de la contrôler, de la coacher. Simplement de la protéger, de porter son espace d’accouchement.

Force est d’observer qu’on a aujourd’hui atteint les limites de la domination de l’homme sur la nature. Il nous faut changer de direction. Une prise de conscience est souhaitable. Nous avons besoin d’études scientifiques émergentes pour nous aider à neutraliser les effets de la tradition, du conditionnement culturel. Un changement du mode de penser semble indispensable.

Bibliographie de Michel Odent : « Quel avenir pour homo ? »

Son site internet : wombecology.com

Lien vers la vidéo du sommet : https://naitreenconscience.fr/intervenant/michel-odent/


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