Quand bébé n’arrive pas : histoire de terme dépassé

41 SA + 5 jours

Ma première fille est née cinq jours après la date prévue de son terme. Connaissant les grossesses et les femmes, je me doutais bien que je n’aurais pas ma seconde avec 15 jours d’avance… Il se trouve qu’elle est arrivée 8 jours après terme ! Or, en France, rares sont les maternités qui laissent les femmes aller au delà de 41 SA + 5 jours. On propose (impose) souvent un déclenchement artificiel du travail à partir de cette date. Il est même inscrit dans le code de déontologie des sages-femmes qu’elles ne peuvent suivre une grossesse seule (comprendre sans médecin) au delà de 41 + 6. J’ai par ailleurs eu l’immense chance d’avoir du diabète de grossesse et, ne mangeant que peu de sucre à la base, j’étais privée des céréales, des légumineuses, des fruits, pour maintenir ma glycémie à des taux acceptables et éviter le drame d’une macrosomie surajoutée… C’était tellement gai au quotidien (vous devinez mon ton sarcastique et mes yeux qui montent au ciel en disant cela) que j’ai mis le paquet pour accoucher plus tôt (en tout cas pas plus tard) : acupuncture, ostéopathie, réflexologie plantaire, retraite de femmes et mama blessing pour le plein d’ocytocine, j’ai marché, j’ai mis des huiles essentielles, de l’onagre dans mon vagin, j’ai mangé épicé, j’ai bu du framboisier, j’ai fait l’amour. Rien à faire.

Alors j’ai pensé très fort à M., S., C. et C. : ces mamans que j’ai du abandonner si proche de la ligne d’arrivée. Pour chacune d’elles, j’ai ressenti très fort leur frustration, la mienne, la déception générale à laisser tomber le projet d’AAD et parfois la peur de se confronter au système. La zone de 41 SA et + est bien glissante. Le moral diminue, éprouvé par tant d’espoir déchu chaque nouveau matin réveillée par les oiseaux, toujours ronde comme la lune. Un jour, l’excitation de la naissance qui approche inévitablement prend le dessus. Le lendemain, les larmes coulent, envahie par les doutes et les peurs. Il y a aussi la surveillance médicale qui s’impose dans un monde où tout allait bien, laissant planer le doute d’une anomalie potentielle. Mais voilà, on ne contrôle pas les naissances comme on veut. Quand bébé ou maman ont besoin d’un peu plus de temps, que peut-on faire tout en restant naturel et physio ? Les dattes et le ricin n’y changent rien ! Ils donnent certes l’impression de « faire » quelque chose, mais ce sont des tentatives vaines de garder le contrôle sur le processus quand l’invitation est au lâcher prise.

Ces « et si ? » tournaient dans ma tête et m’ont confrontée à moi-même, à mes zones d’ombre. « Et s’il y avait un accident et que l’une de nous mourrait ? » « Et si je dois me retrouver à la maternité, qu’en sera-t-il de cette confiance entre le CH et moi d’un point de vue professionnel ? » J’ai cherché des ressources partout autour de moi : que faire le jour de 42 SA ? Embrasser le système et le déclenchement ? Rester l’air de rien à la maison sans accompagnement de sage-femme ? J’ai trouvé tellement de connexions sur mon chemin : à moi-même, mon bébé et mon chéri d’abord, à quelques sœurs sages-femmes, aux femmes de mon village toujours soutenantes. Des aides précieuses pour aller trouver les réponses tout au fond de moi : « Qui est-on comme parents de cette enfant ? », « Quel est le choix qui nous ressemble ? »

Avec Jérémy, on a donc choisi de ne pas nous rendre à la maternité le matin de 42 semaines. On allait se donner du temps et accepter les conséquences de notre confiance extrême en Zao et en la nature, en dépit du diabète, du terme, de la taille vertigineuse de mon ventre. On a pu en discuter avec notre sage-femme, affirmer nos besoins, expliquer notre positionnement. On s’est tous préparés à cette naissance qui dérangeait sur le papier mais qui s’est finalement passée sans égratignure. La clef de la mise en route aura été la patience ! Et aussi peut-être de nous débarrasser quelques temps de notre grande hors de la maison, juste de quoi se détendre un peu 🙂


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