« Avoir de l’expérience ne fait pas tout, avoir des connaissances peut d’ailleurs être une sacrée entrave. »
Aller, je vous livre mon récit de deuxième enfantement, rédigé dans les jours qui ont suivi la naissance de Z. Je suis contente de les relire trois mois après. J’encourage toutes les mères et tous les pères à noter aussi vite qu’ils le peuvent leurs impressions en post partum sur ce qu’ils ont traversé lors du travail et à la naissance. Le temps déforme la réalité qui est déjà toute relative lorsqu’on traverse un tel vortex.

Lundi 20 mai, 42 semaines ont sonné.
N. (la sage-femme) nous rend visite pour sentir dans quelle atmosphère elle s’engage, ayant décidé de nous accompagner en dépit de la post maturité. Nous prévoyions un ANA (accouchement non assisté médicalement) si elle avait préféré ne plus nous suivre donc nous étions plutôt sereins.
Lors de sa visite, C. (ma première fille) cherche à prendre tout l’espace. N. me suggère fortement de l’envoyer chez les copains pour libérer la voie. Elle part quelques heures et ça fait du bien. À son retour, J. (mon chéri) la couche et on se met un film drôle.
À ce stade, j’ai quelques contractions irrégulières, largement supportables. Rien de plus que la veille.
À 22h, on tombe de sommeil et on va se coucher. Quand j’éteins la lumière j’ai la première contraction intense. Puis la seconde 2 minutes après, et la suivante. Et en fait c’est parti !
Je tente le 4 pattes. Puis la douche chaude. Et j’appelle J. car je frissonne et je suis incapable de me concentrer sur autre chose que mes CU (contractions utérines).

On passe un peu de temps à observer, sur du didjeridoo qui me fait rire.
Incertain si la naissance va être rapide ou pas, J. tient N. informée et celle-ci décide de venir tranquillement.
Dans l’heure qui nous sépare de son arrivée je me vide, je vomis. Je sais que je n’en suis qu’au début pourtant. Comme la fois précédente, je suis tellement concentrée sur la sensation que je n’aime pas qu’on me touche. J’apprécie pouvoir serrer la main de J. ou par la suite me suspendre aux gens ou avoir la chaleur de la bouillotte. Le reste me hérisse et amplifie ma douleur, du moins me donne l’impression de moins de contrôle sur elle.
Je perds la notion du temps quand N. arrive (23h30). Puis CR. (notre doula) nous rejoint je ne sais trop quand. Je lis sur la feuille de notes de N. qu’il est 2h30 (déjà !! Et je ne la sens pas en bas). Se bousculent alors dans ma tête les peurs de dystocie, de transfert, d’urgence, j’ai mal et je ne dirais pas non à ne plus rien sentir pour dormir un peu. Je demande un examen (n’importe quoi pour une sage-femme qui n’examine jamais) et je désespère de sentir les doigts de N. monter si haut. Elle me dit « 7 cm » : je pleurs…

Je vois bien que la peur retient Z. dans sa descente. Alors je décide de me répéter à chaque contraction que la douleur ne va pas me tuer, qu’il faut que je danse avec elle, que je la laisse faire son travail en étant toute relâchée. De l’extérieur ça fait du silence si bien que N. pense que je n’ai plus beaucoup de CU 🤣 « Veux tu des HE pour redonner des contractions ? » « Quoi ?! Mais non, pas plus par pitié ! »
On s’installe sur le fauteuil d’accouchement vers 3h30. C’est là que je vais la laisser descendre.
Je suis très fière de m’autoriser à faire caca sur place 😅 car ça avait été l’inhibition à la naissance de C.. Je sais bien ce que ça veut dire aussi. À 4h je sens que ça pousse, j’entends ma gorge qui râle par moment pendant la vague.
Les sons qui me traversent sont très puissants. Je vois CR. qui se bouche les oreilles et J. qui va vérifier si C. n’est pas réveillée juste au dessus.
Il faudra 1h de poussée pour que Z. arrive à se mettre au monde, d’abord sur le fauteuil d’accouchement puis à 4 pattes les fesses en l’air, comme pour C…
À chaque fois que je la sens plus basse et que les sensations se décuplent, je la sens remonter et je comprends que ce n’était pas encore le grand couronnement 😅
Et puis, j’accède à une dernière petite zone de courage pour fournir un effort de plus, pour tenir un peu plus longtemps. Elle se bloque, elle sort sa tête, ses épaules et ce qui me paraît les kilomètres de corps qui suivent.
Là, je pourrai bien mourir que ça me serait égal. C’est fini, enfin fini et je ne veux plus rien faire. Je plonge en avant. Mais N. me rappelle à la réalité, elle me passe la jambe au dessus du cordon court, J. me prend les mains pour que j’attrape Z.
« 😳 on a un bébé ! »
Je fonds en larme en la touchant et en réalisant. Je ne peux pas la voir car il n’y a pas assez de cordon pour que je la remonte mais ce qu’elle est douce !
On attend que le cordon cesse de battre pour y toucher. N. est concentrée car ça saigne. Quand le placenta sort après 15 minutes, un demi litre de sang vient avec.
Moi, je suis soulagée de la douleur que ça me faisait dans le sacrum. Je me sens bien, je sais que mon utérus va se refermer pour toujours sur ces aventures de maternité, c’est mon souhait présent en tout cas. Je veux profiter de ces instants à 4, fière du chemin parcouru malgré les difficultés de cette deuxième grossesse.

wow!! 96En cas d’oubli de pilule